L'ouverture à l'étranger
Adolphe Tardif désire nouer des liens entre les pays et les traditions juridiques. Sa bibliothèque comprend donc des ouvrages en plusieurs langues : on y trouve de nombreux livres en anglais et en allemand, qu’ils soient contemporains ou constituent des classiques, plus anciens du droit de ces pays.
On sait à la fois par des témoignages et par des notes manuscrites que ces livres étaient effectivement lus et que, dans le contexte d’une histoire du droit encore balbutiante, Tardif mettait à profit les recherches menées dans les pays étrangers pour les intégrer à ses cours. Sa curiosité va jusqu’à posséder un rare livre sur le droit médiéval islandais.
Les Gragas, ou lois de l’oie grise, sont un recueil de lois de l’Islande ancienne, en vigueur jusqu’au XIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, les historiens du droit se penchent sur les deux manuscrits du XIIIe siècle qui conservent ces textes (ici représentés en fac-similés) et en donnent les premières éditions, traduites en latin.
Ouvert à toutes les traditions juridiques, Tardif possède des livres rares et difficiles à obtenir, qui lui permettent d’établir des comparaisons entre les systèmes juridiques de différents territoires au Moyen-Âge.
Au long de ses quarante années d’enseignement, Adolphe Tardif fait évoluer son cours, ce qui est souligné et apprécié des observateurs. En particulier, alors que sa discipline évolue très vite et est foncièrement internationale, il sait se tenir au courant des recherches qui se font jour dans des pays étrangers.
Dans sa nécrologie, Paul Meyer rappelle : « M. Tardif citait et discutait fréquemment les écrits des savants d’Outre-Rhin. C’était alors une nouveauté ».
Nous avons ici une trace de ces lectures : sur un prospectus pour l’ouverture d’une pharmacie rue des Francs-Bourgeois, Tardif a pris des notes au sujet d’un ouvrage écrit en gothique et portant sur l’administration de la preuve au Moyen-Âge.
Originaire de Normandie, Adolphe Tardif travaille sur sa « petite patrie » : il avait d’ailleurs entrepris de publier un coutumier en collaboration avec son ami de promotion Léopold Delisle. Cela l’amène à s’intéresser aux îles anglo-normandes, au droit si particulier de nos jours encore. Il possède ainsi plusieurs ouvrages anglais sur Jersey et Guernesey, en langue anglaise, qui ont la particularité de publier en outre des documents historiques et des sources de première main.
Bien que déjà anciens, ces ouvrages participent donc de l’effort pour une histoire comparative du droit, qui nécessitait la lecture d’ouvrages en plusieurs langues. On ignore comment Adolphe Tardif se procurait ces livres, mais Caesarea possède une étrange page de titre pour partie manuscrite, reprise de The Antiquities of England and Wales de Francis Grose – afin de remplacer la page de titre originelle, manquante.
John Fortescue est un célèbre juriste et homme d’État anglais du XVe siècle qui a écrit des textes juridiques et politiques dans le contexte des guerres civiles entre Lancastre et les York, auxquelles il a lui-même participé : il a accompagné en exil le roi Henri VI et écrit son De laudibus legum Angliæ (1468–1471) pour l’instruction du fils du souverain. Ce traité manuscrit, en latin, est publié en 1543 et connaît de nombreuses rééditions.
Adolphe Tardif s’en est procuré un exemplaire particulier. Sous une unique reliure sont en fait reliées deux éditions : le premier est l’édition latine du livre de Fortescue, le second une édition traduite en anglais avec une préface et de nombreuses notes savantes.
Le texte, qui démontre la supériorité du droit anglais sur les autres droits, a eu une grande influence sur la pensée politique et juridique anglaise et devait se trouver dans la bibliothèque d’une personne réfléchissant à l’élaboration du droit en Angleterre et à ses rapports avec ceux du Continent.
Edward Coke est l’un des plus grands juristes du début du XVIIe siècle. Ses Institutes of the Lawes of England sont l’un des textes fondateurs de la common law, encore cités de nos jours. Le premier volume concerne le droit foncier et les lois sur la terre, en tant que commentaire d’un traité de Thomas de Littleton.
Ce classique très souvent réédité devait se trouver dans toute bibliothèque d’historien du droit : Adolphe Tardif en possède une édition ancienne.