Des sources imprimées en histoire du droit
Adolphe Tardif est déjà licencié en droit quand il soutient sa thèse d’École des chartes et poursuit ses études pour devenir docteur en droit.
Comme c’est le cas pour de nombreux confrères, sa carrière se partage entre la pratique administrative et la recherche historique. La première l’emmène jusqu’au poste de directeur de l’administration des Cultes à une période complexe (1872-1879) pour les rapports entre l’État et l’Église : ses sympathies royalistes mettent fin à sa carrière.
La seconde le ramène à son alma mater puisqu’il est le second titulaire de la chaire de droit civil et canonique, de 1854 à 1890 : « professeur à l’esprit ferme et net, à la parole sobre et incisive, […] avec une grande autorité » (P. Fournier), il marque plusieurs générations de jeunes chartistes.
Son œuvre est diverse : elle comprend deux volumes sur les sources du droit, qui correspondent à son enseignement, ainsi que l’édition de nombreux textes anciens, notamment des coutumiers.
En 1883, Adolphe Tardif publie dans la Nouvelle revue historique du droit français et étranger une étude sur la Practica forensis de Jean Masuer « guide le plus sûr que nous ayons pour l’histoire du droit dans le centre de la France aux XIVe et XVe siècles ».
Pour cela, en fidèle chartiste, il compulse les manuscrits anciens, et les compare avec une édition imprimée à Paris au XVIe siècle : Tardif a donc annoté l’ouvrage, établi un sommaire qui en rend la lecture plus aisée, noté des différences à l’occasion de sa visite au cabinet des Manuscrits…
Adolphe Tardif a sans doute acheté cet exemplaire dans sa région natale, comme l’indiquent des ex-libris de Syméon Postel, procureur au siège présidial de Coutances en 1598, et de Julian Le Conte, installé non loin, à Montcuit, en 1703.
Le droit canonique fait partie de l’enseignement de Tardif, qui publie en 1887 une Histoire des sources du droit canonique. Il se fonde pour cela sur des classiques du droit de l’Ancien Régime, comme ce dictionnaire qui se trouve chez tous les juristes du temps.
Le fait qu’il ait recours à une édition tardive et lyonnaise indique que l’ouvrage est lu pour son contenu, sans approche bibliophilique ou d’histoire du livre. Il est rare qu’Adolphe Tardif inscrive son nom sur ses livres, comme c’est pourtant le cas ici.
À la fois l’un des derniers coutumiers et manuel de droit, la Somme rural de Jean Bouteiller connaît un grand succès dès sa rédaction à la fin du XIVe siècle. Imprimé dès 1479, l’ouvrage se trouve dans la bibliothèque de tous les juristes de la Renaissance. Une nouvelle édition par un avocat au parlement de Paris, Louis Le Caron, relance son usage au début du Grand Siècle.
Adolphe Tardif, qui consacre une grande partie de son cours d’histoire du droit à l’étude des sources des diverses législations du Moyen Âge, ne pouvait que faire usage de ce livre fondamental. Il le compare à la Practica forensis de Jean Masuer (voir supra) et l’utilise dans ses différentes études sur les coutumiers, dont il donne des éditions scientifiques.
Le Speculum Iudiciale de Guillaume Durand est un classique du droit canon, datant de la fin du XIIIe siècle. Constamment commenté et augmenté par d’autres juristes, il est copié sous forme de manuscrits puis imprimé à plusieurs reprises. Une des principales éditions utilisées sous l’Ancien Régime est celle que nous présentons, publiée à Turin en 1578. C’est en effet dans cette ville que le célèbre imprimeur Nicolò Bevilacqua avait posé ses presses à la demande de la duchesse Marguerite de Valois, après sa longue carrière vénitienne.
Notre exemplaire est remarquable par sa reliure qui remploie un manuscrit de la fin du XIIIe siècle. Le texte de ce manuscrit traite lui-même du droit canon puisqu’il s’agit du Liber sextus decretalium, de Boniface VIII. Le titre inscrit sur la tranche montre que les livres étaient alors conservés à plat.
Adolphe Tardif ne possède pas seulement des ouvrages de droit. Il remet la production juridique en contexte et possède pour cela quelques importants ouvrages d’histoire.
Parmi eux, l’ouvrage d’Adrien Valois, historiographe du roi, dont le travail intéresse directement Tardif en ce qu’il collecte des sources anciennes pour écrire la geste des premiers rois de France, et est témoin d’un état du savoir sur les pratiques politiques et juridiques du Bas-Empire aux Mérovingiens.
Signe de l’attention toujours renouvelée que Tardif accorde aux textes originaux, il possède ce rare ouvrage allemand paru sur les terres du Brunswick et qui recense les sources disponibles sur les rois et princes mérovingiens.
Cet exemplaire montre combien il est difficile d’analyser les usages d’un livre : certaines pages ne sont pas coupées, mais il contient également des fiches autographes d’Adolphe Tardif, qui l’a donc bien consulté et a désiré garder des traces de sa lecture.
L’étude des textes juridiques anciens amène Adolphe Tardif à se procurer des outils de travail, qui ne sont pas forcément ceux d’un historien du droit mais de tout historien amené à lire des textes anciens et à travailler à partir des sources originales.
Le Glossarium archaiologicum est alors très ancien – la première édition date de 1626 – mais peut rendre service en traduisant et expliquant des termes obscurs trouvés dans les textes du haut Moyen-Âge.