Un chartiste en son temps
Adolphe Tardif (1824-1890) est originaire de Normandie. Élève de l’École des chartes, il fait partie de la promotion 1849, la première qui soutient une thèse pour obtenir le diplôme d’archiviste paléographe. Sa thèse, manuscrite, est consacrée aux comtes du palais ; elle lui permet de sortir classé second, derrière Auguste Himly mais devant Léopold Delisle.
Les amitiés qu’il noue avec ses chers confrères, ses collègues et ses collaborateurs des sociétés savantes – il fut notamment membre du CTHS – se retrouvent dans sa bibliothèque, où figurent des envois autographes.
Cet entourage est d’autant plus important qu’Adolphe Tardif attire à l’École des chartes son jeune frère Jules (1827-1882, prom. 1850) et son fils Joseph (1855-1923, prom. 1879) – qui est le donateur de la bibliothèque de son père en 1924.
Natalis de Wailly (1805-1886) a derrière lui une solide carrière d’archiviste quand il rédige ce mémoire historique. Il vient alors de rejoindre (1854) le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, ce qui lui vaut d’ailleurs un logement de fonction à l’emplacement de ce qui deviendra la bibliothèque de l’École des chartes, cent soixante ans plus tard… Mais ce poste se cumule avec celui de directeur de l’École des chartes : c’est certainement dans ce cadre qu’il rencontre Adolphe Tardif, tout jeune professeur d’histoire du droit.
Jules Tardif, jeune frère d’Adolphe, était dès l’adolescence un latiniste chevronné. Renâclant à faire des études de droit, il est convaincu par son aîné d’entrer à l’École des chartes, profitant de la récente réorganisation de la scolarité. Jules soumet alors une thèse sur les notes tironiennes, ces abréviations anciennes très utilisées au Moyen-Âge, « l’un des plus remarquables travaux qui aient paru depuis longtemps sur la paléographie latine » (L. Delisle). Un exemplaire en est bien sûr remis à Adolphe, qui n’hésita pas à collaborer avec son jeune frère pour certains de ses travaux, comme les Privilèges accordés à la couronne de France par le Saint-Siège (1855).
Adolphe Tardif, en bon savant érudit de son temps, participe à nombre de sociétés savantes, qu’elles soient relatives à ses origines normandes (Société académique du Cotentin) ou nationales (Comité des travaux historiques et scientifiques, Société de l’histoire de France, Société de l’École des chartes…). Sans doute est-ce par ces fréquentations et l’amitié de Charles Jourdain qu’il obtient ainsi l’exemplaire de la Topographie ecclésiastique que Jules Desnoyers avait offert à son confrère de l’Académie des inscriptions.
La bibliothèque d’Adolphe Tardif lui survit – après son frère, c’est en effet son fils Joseph qui a intégré l’École des chartes, dont il sort second en 1879. Le père influe sur le fils, qui choisit de consacrer sa thèse des Chartes au Très ancien coutumier de Normandie puis de soutenir une thèse de doctorat en droit avant de devenir secrétaire de la Nouvelle revue historique du droit français et étranger. Chercheur scrupuleux, lié à tous les conservateurs de son temps, Joseph Tardif publie avec son père sur le village de Saint-Pair, en Cotentin, où ils possèdent une maison de campagne. Quand il meurt en 1923, ses livres sont donnés à la bibliothèque d’Avranches, mais quelques-uns se glissent dans la bibliothèque de son père qui rejoint, elle, celle de l’École des chartes.